Crois en toi qu'ils lui disent.
La fille sur le quai voit les gens qui passent, descendre de leurs trains, et elle tombe sur le rail. Le train lui roule dessus, mais elle est tellement insignifiante qu'il ne la tue pas, ne l'écrase même pas, elle passe au travers. Voilà, elle le traverse, comme elle traverse la vie, les rues.
Elle voit les gens qui sont à l'intérieur et elle entre dans leur corps, elle ressent leurs sentiments, leurs sensations, leurs peurs, leurs joies, leurs espoirs et leurs bonheurs.
Et paf, aussitôt elle ressort d' eux. Cela ne dure qu' une fraction de seconde, à peine. Mais elle a déjà pu tout (res)sentir. Tout retenir, et garder ce goût amer sur les lèvres, au coin du coeur, et la larme à l'oeil. Elle est vidée, ou remplie, mais remplie des autres. Elle se perd. Et là le train repart.
Elle reste seule sur le rail. Toute seule. Les gens sur les quais la regardent et l' observent parfois d' un oeil, s' avancent et reculent d' elle. Vite, vite, et pour certains un peu moins vite. Certains lui sautent dessus en croyant voir quelquechose d'extraordinaire et re-paf: ils s' éloignent tout aussi vite qu' ils étaient venus par curiosité et qu'ils s'extasiaent d'elle. Et d'autres s' accrochent, pour eux-même, pour se hisser plus vite. C'est tout.
Mais au fond, elle reste sur son rail. Au fond, bien au fond, bien tassée sur la voie ferrée.